Brahms – Begräbnisgesang

Partager
Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailFacebooktwittergoogle_pluspinterestmail

Johannes Brahms- (1833-1897) – Chant de Funérailles op.13 (1858)

Pour chœur mixte, hautbois, bassons, cor, trombonnes et cymbale. Le texte est un hymne luthérien de Michael Weisse (vers 1530).
Brahms begräbnisgesang
Brahms est l’auteur d’une importante œuvre de musique sacrée, dont le phare est sans doute le Requiem allemand. Le Chant de Funérailles op.13 composée par Brahms à l’âge de 25 ans est une pièce brève qui possède une grande force d’évocation. Deux ans plus tôt, en juillet 1856, était décédé Robert Schumann, l’ami et le père spirituel de Brahms.

On sait Brahms attaché au passé; il continue à employer la forme sonate héritée des classiques et joue Bach dans ses concerts. Pendant la période difficile de l’internement de Schumann, Brahms a étudié non seulement l’Art de la fugue et les chorals de Bach mais aussi les compositeurs de la Renaissance comme Palestrina et Roland de Lassus.

Brahms n’est pas un luthérien « pur sucre », il vient de composer un Ave Maria catholique et sa production chorale ultérieure empruntera des sujets à l’antiquité dans le sillage du romantisme littéraire allemand. Le XIXe siècle voit à nouveau l’Europe s’enthousiasmer pour les antiquités de toutes sorte. En France cela se traduit par un regain d’intérêt pour les compositeurs de la Renaissance, Palestrina tout particulièrement, et même pour le plain-Chant médiéval. L’Allemagne n’est pas en reste, avec une tentative de synthèse qui englobe la Renaissance et le Baroque dont les figures emblématiques sont Schütz et Bach.

Le Begräbnisgesang est en do mineur et ne comporte que des instruments à vent – comme la musique funèbre maçonnique de Mozart -. Sur la partition manuscrite est indiqué Tempo di Marcia funebre: il faut imaginer les porteurs du cercueil marchant d’un pas lent. Chaque pas vaut un temps (une noire). A chaque temps une seule syllabe:
Thème d'introduction du chant de funéraille  op.13 de Brahms
Nun laßt uns den Leib begraben, (et maintenant portons en terre ce corps )

Nous vous suggérons d’écouter en même temps cette vidéo du Begräbnisgesang mise en ligne par l’ensemble O’trente. La qualité moyenne du son ne parvient pas à faire oublier la beauté de l’œuvre.

Brahms a volontairement utilisé des éléments archaïsant pour confectionner son Chant de Funéraille: la première section de l’œuvre débute par le motif ci-dessus, énoncé sur 2 mesures par la basse et les bassons; on peut dire d’une autre façon que la carrure de cette section est de deux mesures. Ce motif est ensuite repris sur 2 mesures par la basse et l’alto accompagné par les trombones, l’ensemble forme une phrase musicale de 4 mesures, qui est reprise en entier avec le texte du second vers Bei dem wir kein’n zweifel haben (pour le quel nous ne doutons pas qu’): on a donc (2*2)*2 mesures qui est le sens originel du mot carrure, qui désigne une pièce organisée en multiple de 2.

Pour les 2 vers Er werd am letzten Tag aufstehn, Und verrücklich herfürgehn. (il se lévera le dernier jour, et renaîtra assurément [ou quelque chose comme ça, c’est de l’allemand archaïque] ), Brahms utilise un procédé bien connu:
Brahms-begräbnisgesang-er werr um letzten tag2
Le deuxième vers est le miroir du premier, c’est un hommage évident aux contrepoint des maîtres du passé.

La deuxième strophe est frappante par son rythme uniforme et son crescendo implacable jusqu’à cette belle et éclatante mélodie descendante du cor, lorsque l’on le chœur entonne le mot Posaun (trompette, ou plutôt trombonne):

Erd ist er und von der Erden
Wird auch wieder zu Erd werden,
Und von Erden wieder aufstehn,
Wenn Gottes Posaun wird angehn.

Terre il est et de cette terre
il retournera de nouveau à la terre,
Et de la terre il se relèvera
Lorsque la trompette de Dieu retentira

Suit un contrepoint au cuivres, accompagné de cymbales, digne du Purcell des funérailles de la Reine Mary.

Après une paraphrase de la première strophe, vient un long épisode en majeur, qui évoque la fin des souffrances de l’âme du défunt. On y rencontre des canons à deux et trois voix archaïsants superposés à des modulations harmoniques très modernes. Les dernières mesures de cet épisode central pourraient figurer dans une cantate de Bach.

Après ce moment céleste en majeur, retour sur terre avec une brève reprise de la première section, qui s’achève – alors que l’on s’apprête à laisser le défunt « dormir » et à aller « chacun notre chemin » – sur ces paroles: Denn der Tod kommt uns gleicher Weis (car la mort viendra à nous pareillement). La dernière syllabe est soulignée par un long accord ambigü de seulement deux notes (do mib), qui n’est plus le passage au majeur de la musique funèbre de Mozart, mais traduit bien le sentiment ambivalent de Brahms devant l’inéluctable.

On peut consulter l’intégralité du texte, dans un traduction différente ici: http://www.recmusic.org/lieder/get_text.html?TextId=55099

Quelle version choisir ?

La pièce est très courte et est couplée soit au Deutsches Requiem, soit à d’autres œuvres chorales de Brahms. Une fois n’est pas coutume, nous avons retenu deux versions.

Brahms -HerrewegheLa plupart des interprétations respectent le rythme de marche funèbre très pesante et ont recours à des chœurs un peu imposants. La version « lente » qui nous a le plus séduit est celle, récente, de Philippe Herreweghe, realisée pour son nouveau label Phi. On est loin du Herreweghe un peu éthéré et glacial (pardon pour ce jugement un peu critique ) des débuts. C’est à la fois dépouillé et charnel, impression surprenante et contradictoire due en partie à un excellente prise de son.
Voir sur Amazon.fr

Brahms-requiem-norringtonA l’opposée, se situe une autre version qui a notre préférence, mais qui peut déplaire à certains: celle de Roger Norrington réalisée en 1992 pour EMI. Le tempo est plus vif et l’effet dramatique de la deuxième strophe est bouleversant. On retrouve le son un peu froid de Norrington, qui ici est tout à fait approprié et donne un effet de clarté automnale.
Voir sur Amazon.fr
(réédition en double CD, cf plus bas)

Le choix entre ces deux interprétations opposée peut se faire en fonction du couplage: sur le CD de Norrington, le Requiem allemand dans une très bonne version « à la Norrington ». Le Cd original n’est plus disponible mais l’enregistrement a été réédité dans un double CD qui permet d’entendre la Musique funèbre maçonnique ainsi que le Requiem de Mozart dans une version très différente de ce que l’on entend habituellement car débarrassée des ajouts de Süßmayr, l’élève de Mozart.

Sur celui de de Herrreweghe de belles pièces isolées comme la Rhapsodie pour alto op. 53, le Chant des Parques op. 89, Le Chant du destin op. 54. En général on trouve Nänie op.82 dans les autres enregistrements, mais le chef flamand a préféré le beau motet « Warum ist das Licht gegeben« .

Partager
Facebooktwittergoogle_pluspinterestmailFacebooktwittergoogle_pluspinterestmail

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code